GESTES

Quel type de dialogue interpersonnel entretenons-nous actuellement ? Comment se relier avec les gens qui nous entourent? Prenons-nous le temps de déchiffrer l’autre comme un tout, avec sa culture et ses expériences à la fois semblables et différentes aux nôtres ? Que puis-je faire en tant qu’artiste pour contribuer à réduire ce fossé de communication qui nous sépare ? Autant de questions centrales apparaissant comme les moteurs de ma création qui cherche à donner corps et rendre visible tout cet intangible qui nous lie.

J’ai commencé Gestes en 2018. J’établis depuis une collection photographique d’émotions et j’ai réussi à monter un corpus de portraits qui à ce jour compte 4000 émotions vécues par 500 participants issus de la diversité multiculturelle montréalaise.

Gestes est une cartographie d’émotions que je cueille sous forme de portraits photographiques singuliers rendant hommage à la sensibilité personnelle de chaque participant. Ce projet vise à ouvrir un dialogue inclusif en donnant un espace d’expression sans mots aux citoyens qui contribuent chaque jour à bâtir notre société plurielle.

La perception de mes portraits est ainsi dynamique. Elle change selon la luminosité de la salle et la perspective, mais aussi au gré des interactions, conscientes ou inconscientes, du public. De cette manière, les visages fondus, camouflés, se confondent et se rencontrent et l’œuvre est mouvante, en continuel changement. Superposition de sens et de traces, nouvelle configuration de la perception de soi qui s’enrichit à même la pluralité.

Je m’inspire bien entendu des expériences initiées par l’art cinétique des années 50 avec un regard actuel. Avec Gestes, je fais appel à l’illusion optique, mais dans un contexte d’actualité, soit l’intimité urbaine. Ce jeu d’optique, à la manière d’un labyrinthe, transforme des éléments visuels pour nous faire perdre nos références et nous amener à réapprendre à nous orienter. L’utilisation de la lumière et des clairs-obscurs sur la transparence accentue l’urbanité de l’œuvre et de la réalité des participants qui résonne avec l’expérience de la ville du public qui y vit ou passe.